Ani, 23 ans

Voici l’histoire d’une jeune fille de 18 ans, pleine de vie et de rêves pour son futur. Elle n’a jamais laissé son optimisme et son rire quitter son visage. Mais le temps de grandir est venu, avec toute son énergie elle a commencé ses études. L’université allait lui permettre de s’évader de la prison où elle avait grandi, la petite ville où tout lui était interdit, la ville sans vie où la vie appartenait aux hommes, et où les femmes qui s’opposaient à cet isolement étaient appelées des « putains ».

Elle partait en bus à 6 heures 30 en direction de l’université, dont elle avait hâte de découvrir les merveilles, dans la ville de Douros, ce petit paradis qui s’ouvrait sur la mer à l’ouest. Tous les jours elle était impatiente de voir cette mer qui lui donnait l’espoir de quitter un jour définitivement sa prison, c’était la seule chose qui lui montrait que le monde n’a pas de frontières. Le trajet durait une heure, et elle passait la demi-heure qui restait avant le début des cours à se promener au bord de l’eau. Le bruit des vagues était comme une musique qui la relaxait complètement et la dynamisait pour la journée, comme un yoga. Portée par le vent elle se dépêchait pour arriver sans retard à 8 heures en salle de cours. Le soir, depuis sa fenêtre à l’université, quand elle voyait le soleil se coucher derrière les vagues calmes de l’Adriatique, la peine l’envahissait. Il fallait rentrer à la prison.

Le premier jour dans l’école, il y avait beaucoup de nouveaux visages, et parmi toutes ces personnes une fille est venue vers elle. Elle a commencé à lui parler, à se présenter mais sa première impression n’était pas très favorable. Cette Sophia lui paraissait trop remuante. Mais comme personne d’autre ne l’avait approchée, elle a décidé de se donner une chance de la connaître un peu plus, d’aller avec elle en cours et de rester avec elle pendant les pauses. Finalement elles restaient toute la journée ensemble. Elle a commencé à bien connaître Sophia et à l’apprécier de plus en plus. Elles sont devenues les meilleures amies.

Après une semaine elles ont rencontré d’autres personnes, surtout un garçon qui s’appelait Ben, avec lequel elles partageaient des cours et de longues discussions. Tous trois sont devenus très amis. Ils passaient ensemble les longues pauses entre les cours, parfois jusqu’à cinq heures d’affilée. Ils partageaient les repas, se promenaient ensemble, et ils ont découvert la nouvelle ville ensemble.

Juste à côté de l’université il y avait une colline boisée sur laquelle se dressait la villa d’été abandonnée du roi Zog. Un jour, Sophia et elle ont essayé d’y entrer, mais c’était fermé. Elles ont vu partir le gardien et elles sont entrées quand même, en escaladant la grille. Elles ont visité la villa, elles y ont même pique-niqué. C’était une très grande et belle maison, comme un palais, avec de nombreuses de pièces. Elles ont fait plein de photos. Tout à coup, elles ont entendu une bande d’adolescents qui arrivaient en criant des gros mots. Effrayées, elles se sont sauvées en courant par le grand escalier. Une autre fois, avec une troisième fille elles sont allées marcher sur les blocs de béton qui avancent dans la mer. Elles faisaient des photos et soudain elle a glissé dans l’eau. Elle s’est mise au soleil pour sécher avant de retourner en cours.

Sophia et elle ne s’appelaient pas par leur prénom, elles s’appelaient mutuellement “Buqe” (prononcer butche), un terme affectueux très employé entre jeunes, qui peut être à la fois un prénom et un gros mot. Entre elles c’était une vraie amitié, de celles qui durent toute la vie. Elles ont fait beaucoup de projets pour trouver un studio et habiter ensemble à Douros en continuant leurs études, mais elle n’a pas réussi à convaincre son père.
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