Sabah, 34 ans

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Au début les gens me parlent gentiment, alors moi je crois qu’ils sont gentils. Et après ils ne sont plus du tout gentils. Moi j’ai trop bon cœur. Je dis toujours oui pour rendre service, et il y a des gens qui en profitent. On m’a déjà dit de faire attention mais je retombe dans le même problème tout le temps. Je dois apprendre à dire non. Non ! Non ! Non ! Non ! Non !

Il m’est arrivé quelque chose de bien, j’ai rencontré l’association Ruelle. Et ça c’est bien, c’est très très très très bien. Ruelle m’a beaucoup aidée. Il y a aussi Vincent, Jérôme, Thierry, il y a aussi Hanane, Laura, Mathieu. Ils sont gentils, ils m’écoutent, ils m’aident, ils me rassurent. Ils travaillent au foyer où je vis.

Au foyer, je dois partager ma chambre avec une autre femme. On ne peut pas avoir de chambre toute seule. C’est pour ça que j’ai besoin d’un appartement. Comme ça je pourrai faire la cuisine, moi j’aime cuisiner. Au foyer je ne peux pas cuisiner. Je sais tout préparer : le tajine aux œufs, le couscous, les gâteaux, cake, gâteau au chocolat, le jus de citron à la menthe, c’est très bon, les jus de carotte et d’orange mélangés… Quand j’aurai l’appartement, j’inviterai tout le monde de Ruelle et je ferai un bon repas avec les salades, les jus, le poulet… Il y aura plein de choses.

Dans l’appartement j’installerai un salon marocain, et j’aurai une chambre pour moi. Quand j’étais petite j’ai eu une chambre pour moi toute seule. Quand j’ai été mariée, très jeune, je devais dormir avec ma belle-mère. Elle était méchante avec moi. Ça fait très longtemps que je n’ai pas eu une chambre à moi. Maintenant j’en ai besoin. J’habiterai au quartier du Grand-Parc. C’est pas loin de mon travail. Je travaille dans un hôtel derrière le Jardin Public. Au Grand-Parc je connais une dame. C’est un quartier calme, il y a un petit supermarché, une grande agence de la Sécurité Sociale. Il y a des cours de français pour les personnes comme moi.

Dans mon appartement, je mettrai de la musique égyptienne. Je pourrai m’habiller comme je veux, enlever le foulard, me mettre à l’aise. Au foyer il faut toujours rester couverte, parce que je ne suis jamais seule. Rien que pour descendre à la salle à manger, je suis obligée de mettre le foulard, le gilet, je me couvre des pieds à la tête, je ne suis pas à mon aise. Alors que dans l’appartement, tu rentres du travail, tu enlèves tout, tu prends une douche, tu dors comme tu veux, tu manges comme tu veux.

Une fois je suis partie du foyer à 4 heures 40 du matin pour pointer au travail à 5 heures 30. J’ai traversé la ville à pieds parce qu’il n’y a pas de transports aussi tôt. Et quand je suis rentrée vers 8 heures j’avais vraiment besoin de me reposer mais impossible de dormir. Les autres gens qui vivent au foyer ne travaillent pas, ils font du bruit, parlent fort, ne se rendent pas compte. Je ne peux pas me reposer la journée et le week-end c’est pire parce qu’ils font du bruit la nuit aussi, jusqu’à 1 ou 2 heures du matin.

J’ai vraiment besoin d’un appartement pour moi, je voudrais l’avoir tout de suite, la semaine prochaine. Mais je ne sais pas quand ce sera. J’espère très bientôt. L’équipe de Ruelle travaille beaucoup et très bien. Ils font les choses bien. Merci à toute l’équipe de Ruelle, merci beaucoup beaucoup, merci de m’avoir sortie de la misère.
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